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10/02/2010

Back to the paillasse !

 

Back to the paillasse ! Après la tempête de l'an dernier, la sérénité est-elle vraiment revenue dans les universités et les laboratoires de recherche ?

Aujourd'hui le calme est apparemment revenu dans les labos et les amphis des universités. 
Après de longs mois au cours desquels les chercheurs, les universitaires, les étudiants et les personnels administratifs et techniques de l'enseignement supérieur et de la recherche se sont opposés aux réformes mises en place par la ministre Valérie Pécresse, tout semble être rentré dans l'ordre... La réalité est toute autre.


Retour sur des mois de lutte

Vous le savez, pendant des mois, l'an passé, nous sommes très nombreux à nous être violemment opposés aux réformes absurdes qui s'abattaient sur nous et qui loin de résoudre les problèmes que connait notre secteur et de mettre en place les réformes nécessaires, l'ont profondément déstructuré et fragilisé. Pendant plusieurs mois, les universités ont été paralysées par une grève des enseignants (événement qui, contrairement aux idées reçues, est tout à fait exceptionnel, les mouvements universitaires étant en général conduits par les étudiants et non par le personnel). On a vu des manifestations réunir à répétition plus de 100 000 personnes dans les rues de toute la France (chiffre jamais égalé dans notre secteur). Cette mobilisation a également surpris par l'originalité et la diversité des formes qu'elle a prises.

 

Tous ces événements ont réuni des personnels de tous statuts, de toutes disciplines, de tous âges, de toutes sensibilités politiques. On voyait ainsi dans les manifs des profs de droit drapés dans leur toge, qui pour la première fois de leur vie descendaient dans la rue, demander d'un air un peu perdu à la fin de la manif ce qu'il fallait faire et les jeunes étudiants leur répondre, amusés et presque attendris : « à la fin d'une manif, ben, euh, on se disperse ! ». A quoi tenait ce front? D'un revers de la main, la ministre et d'autres répondront: corporatisme, mouvement de fonctionnaires arc-boutés sur des privilèges acquis, agissements d'une minorité de "gauchistes" ou du moins pouvement partisan, refus du changement ou conservatisme (de gauche, bien sûr !) de gens qui s'opposaient à des réformes « inéluctables » et à une « nécessaire modernisation » que le bon sens et le pragmatisme imposaient et que seuls des idéologues de mauvaise foi refuseraient.

 

Back to the paillasse !
Quoi qu'il en soit, aujourd'hui donc tout le monde paraît s'être dispersé et être rentré dans ses amphis et son labo. Et le calme semble régner dans les organismes de recherches et les universités. Pourtant est-ce celui d'une sérénité retrouvée ? Est-ce parce que la Ministre aurait fini par nous convaincre ? Et le silence qui entoure actuellement l'université et la recherche dans les medias est-il le signe du dialogue renoué par le gouvernement avec notre communauté, celui de la remise au travail dans la sérénité et d'un accord trouvé sur tous les points qui avaient soulevé la colère des universités et des laboratoires. Tous les malentendus seraient-ils levés ? Les « fausses informations [qui] circul[ai]ent sur les blogs » stoppées et aurions-nous enfin retrouvé la raison qui, si l'on en croit Xavier Darcos (Le Monde, 19 mars 2009), nous avait un moment échappé ? Tel est ce que doivent croire la plupart de nos concitoyens qui regardent les choses d'un peu loin.

 

Ne pas céder

Pourtant, il n'en est rien. Le calme qu'ils entendent est celui de gens qui ont décidé de reprendre le chemin de leurs laboratoires et de leurs amphis, face à l'intransigeance d'un gouvernement qui avait décidé de ne pas céder et d'imposer coûte que coûte ses réformes absurdes. Le premier Ministre François Fillon, dans un meeting de l'UMP à Clermont-Ferrand, ne se déclarait-il pas « fier » que son gouvernement ait été « capable de résister » au mouvement social dans les universités tout en tenant bon « sur l'essentiel ». Aussi, à bon entendeur salut : face à la « modernisation » en marche, rien ne sert d'essayer de s'opposer à la virile détermination de nos dirigeants ! Notre mouvement devait servir d'exemple. Il fallait nous mettre à genoux.

 

Une vive inquiétude

Aussi, un profond désarroi et une très grande inquiétude traversent aujourd'hui notre milieu, qui n'ont d'égales que la colère qui nous avait conduit à nous opposer à ces réformes. Partout, autour de moi je vois des gens tristes et inquiets. Beaucoup parlent de partir. Ceux qui ont l'âge de prendre leur retraite et qui, avant, prolongeaient souvent de quelques années, le font au plus vite. Parmi ceux qui ont des enfants, beaucoup leur déconseillent de faire le métier qu'ils avaient pourtant choisi par passion et qu'ils ont pendant longtemps exercé avec amour et avec un engagement total. Engagement qui a permis à la recherche publique française d'être parmi les toutes premières du monde (en dépit des discours alarmistes et insultants qu'a pu tenir Nicolas Sarkozy). Engagement qui a également permis aux universités françaises d'avancer vers la démocratisation de l'enseignement supérieur, puisqu'avec des moyens qui n'ont jamais suivi, elles ont accueillis sur un temps très court, deux fois plus d'étudiants.

 

Détermination et engagement

C'est pour cette raison, qu'après m'être battue pendant des mois au côté de mes collègues en tant que présidente de l'association Sauvons La Recherche, j'ai décidé de continuer à le faire, en acceptant la proposition de Jean-Paul Huchon d'être sur ses listes pour les élections régionales en tant que membre de la « société civile ». Je continuerai donc. Différemment, certes, mais toujours avec la même détermination. Parce que notre cause est juste. Parce que je tremble quand j'entends que Valérie Pécresse aurait dit quelle « voulait faire à l'Ile-de-France ce qu'elle a fait aux universités » ! Parce que, par la mise en concurrence des sites, des institutions et même des individus, les inégalités se sont accrues entre universités, entre laboratoires, entre écoles, entre étudiants là où pour être efficace il faudrait de la coopération. Pour les étudiants et leur famille, l'injustice devant les conditions de vie (logement, services fondamentaux) et d'études qui découragent bon nombre de jeunes à poursuivre leur formation ou à choisir leur cursus est aggravée par ces inégalités territoriales. Inégalités dans les ressources, inégalités dans le taux d'encadrement, voilà ce qui attend les établissements, sur fond de politique d'emploi public et de recrutement scientifique beaucoup plus difficile. Avec, au final, une remise en cause de l'égalité d'accès à l'enseignement supérieur et du caractère national des diplômes.

 

Pour une autre politique

Parce que je suis persuadée que l'enseignement supérieur et la recherche constituent des services publics indispensables, parce qu'il n'y a pas d'égalité entre les citoyens, pas de progrès social, ni de développement durable, sans émancipation des individus, sans démocratisation de l'enseignement supérieur, sans développement économique innovant et solidaire, sans participation active et raisonnée des citoyens. Parce que je crois qu'une autre politique garantissant la justice sociale, les libertés académiques, des moyens et un soutien à l'emploi est possible pour l'enseignement supérieur et la recherche. C'est cette politique et ces valeurs de gauche que j'entends défendre.

 

Amphis, labos et Cie

Je vous propose donc dans ce blog d'aller voir vraiment ce qui se passe dans les universités et les laboratoires. Parce que je suis sûre que, même si vous ne connaissez pas bien notre milieu, vous avez aujourd'hui appris à vous méfier des campagnes de communication du gouvernement, de l'autosatisfaction permanente de nos ministres. Vous avez compris que derrière les effets d'annonce, la réalité est toute autre. Vous commencez à vous douter que derrière les milliards annoncés pour la recherche et les universités, les sommes qui parviennent vraiment aux établissements n'ont rien à voir. Vous avez raison et c'est cette réalité-là que je veux vous monter, en vous guidant dans ce paysage institutionnel compliqué et qui peut sembler étrange pour ceux qui n'en font pas parti, celui de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Je le ferai avec le point de vue qui est le mien : celui d'une universitaire, engégée pour la première fois dans une campagne électorale (avec ses étonnements de novice).

Commentaires

super, quel honneur d'inaugurer les commentaires !

Les politiques régionales 2004-2010 en ens.sup et recherche ont plutôt été appréciées de la communauté, mais leur impact reste nécessairement modeste, en comparaison des compétences et moyens de l'échelle nationale. Les projets pour les régionales à venir semblent prometteurs et font certainement pour le mieux.

Cependant, comme l'écrivait Laurent Bouvet il y a quelques jours, au delà des justes réactions et dénonciations au coup par coup, surtout, exposons sans trop tarder un projet d'alternance *nationale*, solide, clair, précis. Certes, auditionnons, concertons, etc... mais les constats sont relativement connus (notamment grâce à des associations bien connues !) et de très très nombreuses personnes dans ma cantine (peut-être un échantillon biaisé...) attendent la présentation du projet d'alternance nationale. Certes, les "valeurs fondamentales" devront être exposées, mais chacun sait depuis longtemps qu'il vaut mieux lire les petits caractères des textes de lois et des décrets que les exposés de motifs lyriques et un peu "marketing". C'est certainement difficile de tout préciser par avance, en particulier quand on souhaite procéder par concertation, ce qui est tout à l'honneur de la gauche. Cependant, c'est la précision et la complétude des engagements qui seront déterminantes pour le crédit qu'on leur accordera. Beaucoup d'éléments sont déjà présents, mais on ne sait pas toujours qui ils engagent, il faut rassembler, trier, choisir, parfois renoncer, et produire le document de référence autour duquel on pourra discuter. Le plus vite sera le mieux, même s'il faut modifier un peu d'ici 2012. A voir l'attitude de nombreux collègues vis à vis du PS, on ne reste dans l'ambiguité qu'à son détriment.

Merci encore de cet engagement et bon courage pour la campagne !

Écrit par : PR27-PS | 11/02/2010

Bienvenue dans la blogosphère chère colistière ! :-)

Écrit par : Romain Pigenel | 11/02/2010

Bienvenue dans la blogosphère chère colistière ! :-)

Écrit par : Romain Pigenel | 11/02/2010

merci pour vos encouragements !
et oui vous avez raison PR27, il faut au plus vite que l'opposition arrive à mettre en place un projet précis. Des documents existent, une procédure d'audition a été mise en place par le PS, les verts et le PC l'an passé. Il faut que l'ensemble des partis de gauche finalise les choses pour 2012. Comme dirait "l'autre"; il faut travailler pkus, pour gagner plus... en 2012!

Écrit par : isabelle this saint-jean | 14/02/2010

Merci pour cette réponse. J'ai écouté les auditions en questions, l'été dernier et ai bien apprécié cette manière de faire : les visions des personnes interrogées sont présentées "brutes", sans le post-filtrage d'un rapport.

Je prendrai l'exemple des frais d'inscription à l'université. A cette heure, je ne connais pas la position du PS. A lire SLR/SLU, ou des personnes en campagne, il semble qu'une opposition aux frais d'inscription élevés soit le principe. Mais à écouter F. Hollande, qui sortira Eric Maurin du tiroir, avec d'autres, je ne serais pas surpris qu'un impôt a posteriori fléché vers l'établissement figure dans les tuyaux socialistes ("student tax"). En effet, à ce que je comprends, il dit que les caisses sont vides et qu'il faut que l'Etat concentre ses dotations vers les publics défavorisés, plutôt que subventionner uniformément toute la population utilisant un service. Je ne dis pas qu'il a tort, ni qu'il a raison...


mais, encore une fois, les militants seront des relais d'autant plus convaincants qu'ils auront les billes... Il m'a plusieurs fois été répliqué que le PS se réjouit en coulisses que la droite fait le "sale boulot" dans l'enseignement supérieur, à l'image de ce qu'on a souvent dit pour les retraites. Je ne souhaite que pouvoir démentir ! Bien cordialement.

Écrit par : PR27-PS | 15/02/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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