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11/02/2010

Il y a pourtant des moments où les choses sont simples

manifunef.jpgCe matin Achraf El Ouanzi, étudiant marocain de 25 ans de l’université Paris-Sud, a été mis dans le premier vol du matin pour le Maroc après plusieurs semaines au Centre de Rétention Administrative de Palaiseau. Une vie s’est donc brisée ce matin. Le cas d’Achraf n’est malheureusement pas isolé et nombreux sont nos étudiants qui risquent de connaître le même sort. Le prochain vol sera-t-il pour les deux étudiantes comoriennes arrêtées à Pau le 25 janvier 2010 alors qu’elles poursuivaient une scolarité exemplaire ?


Aujourd’hui, j’imagine que, comme moi, beaucoup sont ceux qui sont écœurés (le terme est faible). Parce qu’il y a des moments où les choses sont simples. Parce qu’Achraf aurait pu être l’un de mes étudiants. Parce que parmi tous mes étudiants, combien sont dans la même situation qu’Achraf ? Combien du jour au lendemain ne seront plus dans mon amphi ? Parce que la France renie sa tradition d’accueil d’étudiants étrangers. Parce qu’alors qu’on nous parle d’identité nationale, notre pays oublie que cette tradition est à la fois un devoir, un honneur et un enrichissement, pour lui, pour nous tous. Parce que notre pays serait-il ce qu’il est sans tous ces scientifiques, ces écrivains, qui ont été un jour des étudiants étrangers sur les bancs de nos amphithéâtres ?

Pourtant la communauté universitaire, les condisciples d’Achraf, ses amis, ses enseignants et le Président de l’Université Paris-Sud, Guy Couarraze, s’était mobilisés afin d’empêcher ce drame et pour réclamer la levée de l’arrêté préfectoral de reconduite à la frontière ; pour qu’il puisse régulariser sa situation et poursuivre ses études. Le Conseil de la Vie et des Etudes Universitaires de Paris-Sud XI avait voté une motion dénonçant cette situation.

Pourtant nous avions été nombreux à lui apporter notre soutien. Des élus locaux, comme le député-maire de Palaiseau, François Lamy (PS), les maires d'Orsay, de Bures Sur Yvette, des Ulis, de Chevreuse, le parti socialiste par la voix de Bertrand Monthubert, le vice-président Recherche du Conseil Régional, Marc Lipinski, la ligue des droits de l'Homme (via Nadia Costes), le réseau RESF, etc.

Nous étions également nombreux, étudiants, universitaires, chercheurs, politiques, syndicalistes, samedi dernier, le 6 février, lors du rassemblement organisé par l’Unef (le principal syndicat étudiant) devant le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale pour interpeler Eric Besson et dénoncer les mesures mises en place par le gouvernement et qui restreignent la possibilité pour les étrangers de poursuivre des études en France : des visas d’étude de plus en plus difficiles à obtenir, une sélection qui se fait dans la plus grande opacité, des refus non motivés, des recours impossibles, etc. J’avais à cette occasion interpelé la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche pour lui demander d’intervenir. Rien ! Achraf a été mis dans l’avion ce matin….

Et pendant que la ministre Valérie Pécresse profite de l’embauche du Prix Nobel de physique 2006, l'Américain Georges Smoot, par l’Université Paris-Diderot dans le laboratoire Astroparticule et Cosmologie (APC), pour s’auto-congratuler et se féliciter de la capacité que sa politique aurait donné à la France pour accueillir les « meilleurs chercheurs étrangers », Farzaneh Sheidaei, jeune et brillante astrophysicienne iranienne, devrait être obligée de quitter, samedi 13 février, le même laboratoire et le territoire français (voir l'article du journal Le Monde).

this saint jean manif unef.jpgA l’inverse des grandes déclarations de la Ministre et des faits qui montrent le véritable visage de sa politique, Jean-Paul Huchon et les candidats qui sont sur ses listes pour les régionales en Ile-de-France, s’engagent à continuer la politique d’aide aux étudiants étrangers (qui représentent 40% des étudiants étrangers inscrits dans les universités françaises)  : poursuite de la politique de bourses pour les étudiants étrangers en Master, création d’une Maison Ile-de-France à la cité Universitaire de Paris, création d’un bureau unique d’accueil pour les étudiants étrangers (sur le modèle du Bureau régional d’accueil des chercheurs étrangers (BRACE)), soutien aux politiques de tutorat des étudiants étrangers, création d’un site web unique dédié aux échanges de logements entre les étudiants internationaux. De la même manière qu’ils poursuivront la politique menée auprès des étudiants et des apprentis franciliens afin qu’ils puissent bénéficier d’un séjour à l’étranger (bourse « premier monde »), parce que partir à l'étranger dans le cadre de ses études supérieures est une expérience très importante, notamment pour le parcours professionnel ultérieur des jeunes et qu'il existe là un risque de discrimination portant atteinte à l'égalité des chances pour les étudiants d'origine modeste.

Commentaires

Voulez-vous vraiment vivre dans un pays qui n'applique la loi que pour certains et qui exempte ceux qui ont des amis (fort nombreux) ou tout simplement des amis influents politiquement?

Écrit par : Thomas Jefferson | 12/02/2010

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