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18/02/2010

Non, la France n'investit pas dans son avenir!

marianne enceinte.jpg

J’imagine que vous avez vu comme moi la campagne de communication lancée par le gouvernement sur le grand emprunt où l’on voit une femme enceinte avec ce slogan « La France investit dans son avenir ». C’est un vrai scandale et le PS a raison par la voie de son porte-parole, Benoit Hamon de le dénoncer.

En effet -et il faudra que je revienne plus longuement sur ce point à l’occasion d’un autre article (en attendant vous pouvez aller voir l’explication qu’en a donnée Bertrand Monthubert face à Valérie Pécresse au micro de France Inter).

- le « grand emprunt » n’a de « grand » que le nom et les milliards annoncés pour la recherche n’y sont pas. C’est en millions qu’il faut compter et non pas en milliards ! Le gouvernement, contrairement à ses campagnes de com., investit donc bien peu dans l’avenir de la France.


 

En outre, selon le Service d'information du gouvernement le budget consacré à la première vague de cette campagne s’est élevé à 975.000 euros.  Presque autant que la somme annoncée hier triomphalement par la ministre pour les bibliothèques universitaires. Sans commentaire !

Enfin, le PS a raison de dénoncer le "scandale démocratique, car à quelques semaines des élections régionales, cette campagne de communication représente une propagande politique au service des listes de l'UMP aux frais du contribuable".

Je rajouterai un quatrième argument. Pour moi tout aussi important. Je l’ai dit dans une note précédente, la politique de l’emploi scientifique du gouvernement et la montée en flèche de la précarité qu’elle génère remettent gravement en cause l’avenir de notre pays. La recherche et l’enseignement supérieur ce sont d’abord des êtres humains. Or, la situation de l’emploi est telle que les jeunes se détournent de nos métiers. Si vraiment le gouvernement investissait dans l’avenir, via la recherche, sa priorité absolue devrait être la création de postes. L’avenir de notre secteur ce sont nos futurs collègues.

J’avais dit, et je n’ai pas eu le temps de le faire jusqu’alors, que je vous donnerai quelques chiffres sur la situation de l’emploi scientifique. Les voici.

Les chiffres avancés par les rédacteurs de l’enquête sur la précarité dans l’enseignement supérieur et la recherche font état de 45 000 à 50 000 personnels. Notons que quelques jours à peine après la présentation de l’enquête faite par l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche, le Ministère a comme par hasard mis sur son site, un document sur l’emploi scientifique en France et répondu par le chiffre de 37 000. Si encore une fois nous avions le cœur à rire, nous nous amuserions de voir, qu’alors que depuis des mois nous réclamions une évaluation du nombre de précaires, ce chiffre apparaît comme par miracle, juste après le travail d’enquête. Deux des auteurs de l’enquête répondent d’ailleurs au ministère en justifiant la manière dont ils arrivent à ce chiffre.


Valérie Pécresse et Bertrand Monthubert

De même, si nous avions le cœur à rire, nous nous amuserions de ce que l’on trouve sur le ministère pour accompagner son enquête. Je cite : « Les mesures prises par le ministère (création du contrat doctoral, prise en compte grâce au plan Carrières des expériences d’ATER ou de moniteur dans l’ancienneté des nouveaux maîtres de conférences, possibilité de transformation en CDI pour les contractuels...) ont pour objectif de faciliter le passage de ces personnels non titulaires en contrat à durée indéterminée (CDI), ou sur des emplois de fonctionnaires. » Faciliter le passage disent-ils. … Le passage risque d’être long, sans création d’emplois publics. Et l’un des problèmes majeurs actuellement est la nécessité pour les jeunes chercheurs d’accumuler les postes de post-doctorants (contrat court après la thèse) avant de pouvoir « éventuellement » obtenir un poste statutaire.

Nous sommes ici face à un mur idéologique. Ce n’est pas une question de financement. La création de 6000 emplois de titulaires par an ne coûterait, en Euros, que 300 millions par an. Si vraiment, il s’agissait d’une priorité, le gouvernement pourrait facilement le trouver.  N’est-il pas capable de mettre 4 milliards dans  le Crédit d'impôt recherche dont je vous parlerai un jour à l’occasion d’une autre note mais dont je peux déjà vous dire qu’il bénéficie bien peu à la recherche ou à l’innovation ? N’a-t-il pas jeté 3 milliards par la fenêtre pour diminuer la TVA sur la restauration ?

Commentaires

Avec 6.4 millions d'heures complémentaires d'enseignement en 2007 dont 3.5 millions de vacations dans les universités (publiques), le ministère et la CPU voudraient nous faire croire que des postes statutaires ne sont pas nécessaires... A cela se rajoute pratiquement 12000 équivalents temps plein de IATOS la même année. Depuis la situation en nombre de contractuels s'est aggravée. Le gouvernement avance face voilée devant les français en cachant le vrai visage de sa réforme (et celle de du traité de Lisbonne) qui transformera en peu de temps notre, certes faillible, système universitaire en une machine à élite pour très peu (les grandes écoles avancent leur pions dans les PRES, ces "gros campus") et en cycle cours "professionnalisant" pour tout les autres avec une formation standardisée loin de la richesse des savoirs acquis avant et ce qui faisait l'essence de l'apprentissage universitaire : l'esprit critique. D'ailleurs, pour noyer les critiques, le gouvernement arrose l'enseignement supérieur et la recherche de milliards alors que cet argent ne sert en fait qu'à placer ses pions : rénover les campus d'"excellence" en faisant croire que les autres en profiteront, donner des primes à quelques uns en négligeant les autres, ...

A ce rythmes, les étudiants et les précaires d'aujourd'hui ne seront même plus les chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens,... de demain dans nos universités et organismes de recherche. Ils seront contractuels dans les "petites universités publiques" dans l'ombre de quelques rares universités prestigieuses accessibles uniquement (qui pourrait croire à 30% près...) à l'élite de demain.

Julien

Écrit par : Julien H | 20/02/2010

Le problème des heures sup va se résoudre tout seul... le document récent de RGPP remet la modulation des charges parmi les priorités des réformes. Une moyenne à 220h eq TD,
voilà en plus la manière dont les problèmes financiers des établissements "hors plan campus/grand emprunt/big machin" seront résolus. Il faut juste 2 ou 3 bandes de plus que prévu initialement...

Écrit par : PR27 | 21/02/2010

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